Face à une précarité qui évolue, Tournai et Mouscron renforcent leurs dispositifs : « Il y a des personnes qui ont envie de s'en sortir »

Face à une précarité qui évolue, Tournai et Mouscron renforcent leurs dispositifs : « Il y a des personnes qui ont envie de s'en sortir »

Tournai Mouscron
Face à une précarité qui évolue, Tournai et Mouscron renforcent leurs dispositifs : « Il y a des personnes qui ont envie de s'en sortir »

Depuis le 1er novembre, le plan grand froid est activé en Wallonie. À Tournai et Mouscron, les dispositifs d'accueil sont renforcés pour faire face aux besoins des personnes sans abri. Mais derrière l'urgence hivernale, les profils évoluent : travailleurs sans logement, femmes, jeunes ou personnes souffrant de problèmes de santé mentale. Dans Le + de l'Info, Barbara Coupé, coordinatrice du Relais social urbain de Tournai, et Anne-Sophie Rogghe, échevine des Affaires sociales, dressent le constat et évoquent les défis à venir.

La précarité ne concerne plus uniquement les personnes sans emploi ou sans ressources. Sur le terrain, les équipes constatent l'arrivée de nouveaux publics, parfois éloignés de l'image que l'on se fait traditionnellement du sans-abrisme. À l'abri de nuit de Mouscron, certaines personnes accueillies travaillent, mais ne parviennent pas à trouver un logement. Les femmes sont également de plus en plus nombreuses, tout comme les personnes confrontées à des problèmes de santé mentale.

"On a des personnes qui travaillent, mais qui n'ont pas de logement, puisqu'on sait que le grand problème, c'est de trouver un logement à des prix accessibles", explique Anne-Sophie Rogghe. L'échevine pointe aussi une évolution préoccupante concernant le public féminin : "Cette semaine, à un moment, on avait en même temps cinq femmes, ce qui est relativement rare."

Cette diversification des profils se retrouve également dans les demandes adressées aux associations. Les besoins en colis alimentaires et en vêtements augmentent, tandis que certaines tranches d'âge sont particulièrement représentées. "On est quand même sur une augmentation au niveau des plus de 60 ans et au niveau des jeunes aussi, au niveau des 18-25 ans", constate Barbara Coupé.

Des solutions d'urgence, mais le logement reste le principal défi

À Mouscron, l'abri de nuit peut désormais accueillir jusqu'à vingt personnes chaque soir, contre quinze habituellement. Un renforcement prévu dans le cadre du plan grand froid, qui s'étend du 1er novembre au 31 mars. Les bénéficiaires y trouvent un lit, une douche et un repas chaud. Mais lorsque la capacité maximale est atteinte, la prise en charge devient plus compliquée. Des orientations vers d'autres abris en Wallonie ou des nuits d'hôtel peuvent alors être proposées.

À Tournai, la situation est différente. La réouverture de l'abri de nuit, initialement prévue le 1er novembre, a été reportée au 1er décembre. Le CPAS a repris le dossier après les difficultés financières de l'ancien gestionnaire et doit notamment trouver un bâtiment conforme aux normes de sécurité. En attendant, le Relais social renforce les maraudes et distribue des couvertures de survie et des chaufferettes aux personnes qui restent à la rue.

Pour les deux invitées, ces dispositifs répondent à une urgence, mais ne règlent pas le problème de fond. L'accès au logement demeure le principal obstacle à la sortie de la précarité. "Trouver un logement digne à un prix, un loyer correct, c'est très difficile", souligne Anne-Sophie Rogghe. L'absence de contrat à durée indéterminée constitue également un frein pour de nombreuses personnes.

Barbara Coupé insiste, elle aussi, sur la nécessité de renforcer l'accompagnement, notamment pour les jeunes en transition entre les dispositifs d'aide à la jeunesse et la vie adulte, mais aussi pour les personnes souffrant de troubles psychiques. "Il y a des personnes qui ont envie de s'en sortir, d'être soignées, d'être accompagnées et tout ça prend un temps."

Au-delà du plan grand froid, les deux intervenantes plaident donc pour une approche plus globale du sans-abrisme, qui passe par un meilleur accès au logement, aux soins et à un accompagnement adapté. Car si mettre les personnes à l'abri durant l'hiver est indispensable, leur permettre de retrouver durablement un toit reste le véritable enjeu.


O.W.