«Un accueil volontariste sans volontaires, c'est compliqué»
Dans notre + de l'info, Thomas Desai, représentant du Centre de Médiation des gens du voyage, est revenu pour nous sur ce que dit la loi sur l'obligation ou non des communes d'offrir un espace d'accueil aux gens du voyage.
Que dit la loi en ce qui concerne l'accueil des gens du voyage ? Y-a-t-il une obligation de la part des communes d'offrir un espace d'accueil ?
Thomas Desai, représentant du Centre de Médiation des gens du voyage, explique qu'il existe un décret de la Région wallonne datant de 2019. "Celui-ci prévoit un accueil volontariste de la part des territoires wallons. Mais un accueil volontariste sans volontaires ... c'est compliqué. La Région prévoit des subventions pour les communes qui souhaitent accueillir. Mais la limite c'est la volonté réelle des communes de le faire, sinon on se trouve effectivement dans un vide juridique. Et c'est dans ce vide juridique que nous venons principalement en tant que pansement. Mais une solution structurelle serait effectivement nécessaire pour pouvoir avancer davantage".
A Tournai, le week-end dernier, c'est surtout la méthode utilisée par les gens du voyage pour s'installer qui a suscité la colère des gens. Sur les réseaux sociaux, des images ont circulé, montrant des blocs de béton déplacés avec une facilité déconcertante. C'est illégal, mais est-ce inacceptable également ? "Est-ce acceptable ? Non, pointe Thomas Desai. Est-ce que je pourrais comprendre les tenants et aboutissants qui mènent jusque-là ? Oui. Après, ce n'est pas mon rôle de décider ce qui est acceptable ou non. Mon rôle c'est de trouver des solutions".
Il a ensuite été demandé à Nathalie Vast, conseillère communale Ecolo à Enghien, si ces incivilités auraient pu être évitées, notamment par le dialogue et plus de travail en amont. "Je suis sûre que si on travaille en amont, si on fait entre guillemets de l'accueil préventif, on peut arriver à, à un moment, ouvrir des barrières plutôt que de devoir les forcer pour s'installer".
Une réflexion à avoir un échelon au-dessus ?
De son côté, Hervé Cornillie (MR), bourgmestre de Leuze, répond que les communes ne disposent pas de moyens suffisants pour accueillir convenablement les gens du voyage : "On parlait de volontaires mais j'aimerais également parler de la volonté politique. A l'heure actuelle, il serait bon que la Région wallonne ou le Fédéral se saisissent de la question pour éviter cette partie de ping-pong qui est indigne de l'être humain. Les communes qui se renvoient les unes les autres les gens du voyage, ce n'est pas acceptable. Il faudrait des terrains de la Défense, j'ai essayé mais l'accueil du Ministre de la Défense était froid, avec les cartes que j'ai en mains, celles du Fédéral. Mais j'imagine que mes collègues de la Région peuvent envisager aussi de mettre à la disposition des terrains régionaux, pour élever un peu le débat. Parce que si vous le laissez au seul niveau communal, vous aurez ce genre de triste spectacle. Par contre, vous aurez aussi des communes qui s'engagent dans l'accueil".
Une voie d'ailleurs suivie par Leuze. "Cela a été l'objet du débat communal la dernière fois. Nous, on veut un terrain public. On n'accepte pas qu'on squatte la propriété privée d'autres personnes. On préfère un terrain public, qu'on équipera de bornes. Les gens pourront payer leur consommation et ce sera acceptable pour tout le monde". Le bourgmestre ajoute que ce projet est en cours. "Je peux vous dire qu'on a le terrain. On attend simplement le retour de la Région wallonne sur notre demande de subsides, puisqu'elle soutient, à hauteur de 30.000 euros, les projets de ce genre. Nous préférons voir les choses en face, les organiser proprement plutôt que de parfois assister à des spectacles indignes".
Pour Thomas Desai, c'est l'idéal pour les gens du voyage, d'avoir un terrain dans lequel ils savent qu'ils sont les bienvenus. "Là où il y a un cadre, une procédure et des règles clairs, ça se passe beaucoup mieux. Les communes qui prennent ces subventions sont actuellement au nombre de 6 sur les 261 communes en Wallonie. Ces 6 communes, ne rapportent pour la plupart, pas vraiment de problèmes en compagnie des gens du voyage sur leur territoire".
De manière générale, les gens du voyage s'installent pour une durée d'une à trois semaines sur un territoire. "Ça peut être un peu plus long en hiver, où c'est alors plutôt un mois ou un mois et demi, continue Thomas Desai. Mais en belle saison, en saison estivale, leur volonté est de rester deux semaines".
L.C.