Spectacles dans les églises de Tournai : une motion votée au conseil pour demander à l'évêque de revoir sa position

Spectacles dans les églises de Tournai : une motion votée au conseil pour demander à l'évêque de revoir sa position

Tournai

La polémique autour de l'annulation du spectacle de Noël de Luc Petit à Tournai s'est invitée au conseil communal. Paul-Olivier Delannois (PS) a déposé une motion appelant le nouvel évêque à revoir sa position sur l'organisation d'événements culturels dans les lieux de culte. Une initiative soutenue notamment par Écolo et Les Engagés, tandis que le MR a choisi de s'abstenir.

Le spectacle Le Noël de Pinocchio de Luc Petit ne passera pas par Tournai cette année. Après plus de vingt ans de représentations dans les édifices religieux de la ville, les Nocturnales se sont heurtées au refus du nouvel évêque d'accueillir leur création dans les églises Saint-Quentin et Saint-Jacques. À cela s'ajoute une diminution de plus de 60 % de la subvention communale accordée à la compagnie.

Cette décision avait suscité de nombreuses réactions, notamment de la part de l'artiste tournaisien et du monde politique. Le débat s'est poursuivi ce mardi 3 novembre au conseil communal, à l'initiative de Paul-Olivier Delannois (PS), qui avait soumis une proposition de motion aux différents chefs de groupe.

Un appel à l'ouverture et au dialogue

Avec sa motion, le conseiller socialiste rappelle notamment que les pouvoirs publics participent financièrement à l'entretien, à la restauration et à la gestion des édifices religieux. Il souligne également que d'autres spectacles et concerts continuent d'être accueillis dans les églises tournaisiennes et que la nouvelle création de Luc Petit sera présentée à la collégiale Sainte-Waudru de Mons, pourtant située dans le même diocèse.

La motion demande au conseil communal de sensibiliser le nouvel évêque et de l'inviter à revoir sa position afin de permettre la coexistence des activités culturelles et religieuses. "Cette motion se veut vraiment un appel à l'ouverture, parce que je pense que ce serait très bien qu'on puisse revenir à la situation préalable, avec des relations très correctes entre le culte et la culture", a expliqué Paul-Olivier Delannois.

À la demande des Engagés, le texte a également été complété afin d'encourager le dialogue sur la mise à disposition d'autres bâtiments paroissiaux pour répondre aux besoins socioculturels de la ville.

Le MR préfère le dialogue à une motion

Si le groupe MR partage l'idée que les églises doivent pouvoir accueillir des manifestations culturelles, il n'a pas souhaité soutenir la démarche proposée. "Nous ne contestons pas le droit de ce conseil d'exprimer un avis, mais nous nous interrogeons sur l'opportunité d'interpeller publiquement une autorité religieuse sur une décision qui relève de sa compétence propre", a expliqué son chef de groupe Guillaume Sanders.

Les libéraux rappellent que la Constitution garantit l'indépendance des cultes et que l'utilisation d'une église affectée au culte relève de l'autorité religieuse. "Nous sommes convaincus que c'est par le dialogue, et non pas par une motion, que l'on trouvera le juste équilibre entre culte et culture. Nous partageons réellement l'objectif, mais pas la démarche", a poursuivi Guillaume Sanders, justifiant ainsi l'abstention de son groupe.

Écolo rappelle le financement public des églises

Du côté d'Écolo, Johakim Chajia a annoncé son soutien à la motion, tout en rappelant la nécessité de respecter la liberté des cultes.

Le chef de groupe écologiste a notamment mis en avant la contribution financière de la Ville à l'entretien des édifices religieux. "Au budget 2026, la Ville consacre 1,1 million d'euros à ces fabriques d'église, soit environ 16 euros par habitant, croyants ou non. Ce financement ne nous donne pas le droit de décider à la place de l'évêque de ce qui se passe dans une église. La liberté des cultes l'interdit et c'est très bien ainsi. Mais il justifie que nous en parlions", a-t-il déclaré.

Pour Johakim Chajia, les spectacles organisés depuis plus de vingt ans ont permis de réunir des publics de convictions différentes autour du patrimoine tournaisien. "Le vivre-ensemble ne se décrète pas, il se construit dans des lieux où l'on se retrouve au-delà de ses convictions", a-t-il ajouté.

Les Engagés veulent éviter d'alimenter la polémique

Les Engagés ont également soutenu la démarche, à condition d'y intégrer leur amendement sur l'utilisation d'autres bâtiments paroissiaux. "Il y a l'importance d'aborder ce sujet avec sérénité et respect. Il ne faut pas nécessairement rouvrir le débat qui avait déjà été relayé dans la presse et les réseaux sociaux", a souligné Jennifer Boucaut, cheffe de groupe. "L'essentiel est donc de dialoguer et de rester dans une démarche constructive", a-t-elle ajouté.

Le texte amendé a finalement été soumis au vote du conseil communal. Le PS, Écolo et Les Engagés ont exprimé leur soutien à la motion, tandis que le MR a annoncé son abstention.


R.R.